Spin off de l’INRIA, fondée en 2005 et incubée au sein de Paca-Est, la petite startup a bien grandi depuis lors et a su tirer son épingle du jeu !
La société Keeneo est devenue l’un des principaux fournisseurs internationaux de logiciel d’analyse vidéo en l’espace de quelques années. Ses logiciels sont aujourd’hui déployés dans le monde entier et participent à la sécurisation d’aéroports et autres infrastructures critiques.
Déjà bien représentée sur la scène internationale (Canada, USA et Moyen Orient), elle passe aujourd’hui à la vitesse supérieure et rejoint la cour des grands en devenant l’une des “Business unit” de la société britannique Digital Barriers, fournisseur de solutions de défense et de sécurité.
Là où certains saluent la réussite d’une telle opération, porteuse de fortes promesses de développement à l’international, d’autres regrettent une intégration très (trop?) rapide à un grand groupe ne permettant pas de voir la “startup” s’épanouir et devenir “Gazelle” puis, toute seule comme une grande, “Grand groupe”. En d’autres termes, pourquoi le cap des 5 ans et des 20 salariés est-il souvent synonyme de rachat pour une start-up ? (cf. Les Echos – 25/08/11)
Pour avoir suivi Keeneo de près depuis sa création et l’avoir accompagnée avec la méthode ISMA360® (qui d’ailleurs est née pour partie à son contact), nous nous permettrons 3 explications à ce phénomène, sans prétention d’établir une hiérarchie entre ces dernières :
- Une innovation qui participe d’un changement radical du métier des acteurs de la chaine de valeur impliquant pour Keeneo un effort colossal en termes de R&D, de commercialisation et de déploiement.
L’analyse vidéo appliquée au domaine de la sécurité a participé (au même titre que de nombreuses autres innovations) au déclenchement d’un mouvement irréversible d’une chaine de valeur centrée sur l’humain, “l’homme et son chien”, vers une chaine de valeur centrée sur l’adresse IP, “l’homme et son écran”. Mais qui dit “évolution de la chaine de valeur”, dit nécessairement “évolution des métiers” et par conséquent enthousiasme pour certains – une minorité, des nouveaux entrants pour la plupart – et crainte voire frein pour la majorité des acteurs en place. Ainsi, le cout “de l’évangélisation” pour une startup telle que Keeneo est très onéreux. De même, alors qu’il est moins aisé de lever un capital conséquent en Europe, la sortie industrielle constitue une piste alternative pour lui donner les moyens de son envol.
- La nécessité de rester focalisé sur les caractéristiques uniques de l’innovation afin que la valeur ajoutée de la solution soit identifiée et portée par les autres acteurs de la chaine de valeur. Keeneo a porté une grande part de son effort sur sa compatibilité et son intégration aux principaux fournisseurs de solutions complètes pour être exploitable.
Entrant sur un marché industriel fragmenté et fortement secoué actuellement par les nombreuses innovations, chaque acteur se doit de présenter un positionnement clair dans la chaine de valeur s’il veut être repéré et entrainé par les autres acteurs. La force de Keeneo aura été de centrer sa gamme de produit sur son coeur d’innovation sans jamais s’en éloigner. A titre d’exemple, il a été décidé de manière radicale de ne plus fournir d’effort pour améliorer l’interface de gestion des flux vidéo, d’autres acteurs s’étant spécialisés dans ce domaine. Outre l’économie de ressources, cette décision a permis de signer des partenariats à forte valeur ajoutée avec ces acteurs et de renforcer ainsi l’action commerciale et la présence sur le marché. Mais, ici encore, l’effort à fournir pour rester centré sur son unicité tout en étant compatible avec les autres briques nécessaires à son exploitation est conséquent. En outre, l’intérêt que la solution soit intégrée en amont au sein d’une solution plus globale d’un grand groupe n’est pas négligeable.
- Un choix entrepreneurial porté par une équipe d’entrepreneurs défricheurs et pionniers
Il est classique de demander aux dirigeants “où ils se voient dans cinq ans ?”. Pour l’équipe des fondateurs de Keeneo ainsi que pour ses actionnaires investisseurs entrés par la suite, il a toujours été clair que l’objectif stratégique était orienté vers une « exit » de la société à 5 ans, soit par sa vente, soit par une mise en bourse.
Par conséquent, le rachat de la société était un objectif en soi. L’évènement illustre « une success story » qui permettra l’envol d’une innovation qui a trouvé son marché sur la scène internationale, assurant ainsi la pérennité de la société et des emplois !
Nous avions déjà publié en 2009 un article au sujet de Keeneo et de sa stratégie Keeneo à l’aune de l’effectuation, repris dans la thèse de Dominique Vian.
